Pas sages du tout à la partie
PASSAGES
Troisième journée de Psychiatrie d'Abbeville
Pas sages du tout à la partie
Mots-clés : Passage, rupture, stade, acte, passage à l'acte, pratique infirmière, psychiatrie, psychanalyse, ergothérapie, psychomotricité, social, institution, institutions médico-sociales…
Cela m'évoque la musique : passage d'un mode à l'autre, modulation, mais aussi passage d'un thème à son développement et à ses variations, avec ses exercices les plus achevés dans la musique classique, la fugue et le contrepoint ; passages donc pour enrichir la musique sur le plan des sensations qu'elle procure.
Mais pourquoi la musique, parce que les débuts des interactions entre bébé et sa maman, son papa passent par ce canal avec beaucoup de force.
Golse parle de l'opéra maman-bébé et de ses voix.
Stern a beaucoup insisté sur l'importance de la prosodie maternelle dans l'accordage affectif.
Trevarthen insiste lui sur le bébé chef d'orchestre de l'interaction.
Bach a écrit des exercices progrédients pour aider ses enfants-élèves à apprendre la musique : les inventions à deux et trois voix, les passacailles, les préludes et fugues.
De quoi est-il question ? De " marier " les voix ensemble en les distinguant de l'unisson, des harmonies verticales et massives, pour permettre à chaque voix de chanter sa partition tout en " écoutant " celles des autres. Si on transpose cette métaphore aux autres canaux, on a tous les éléments du dialogue interactif : le sonore, le visuel, le tonique etc, et surtout la capacité du bébé d'extraire les invariants du " message " quel que soit le mode dans lequel il est adressé. Donc passages et transmodalité.
Passages et continuité d'exister, continuité des soins, continuité de la fonction phorique.
Pour tenir les changements de rythmes, les ruptures, les pareils/pas pareils, une fonction de soutènement est indispensable ; c'est au départ la fonction de la " consensuality " de Meltzer qui permet de rassembler les îlots de sensations en archipels puis en ensembles qui aboutissent à ce concept d'image du corps si important dans notre élaboration psychopathologique.
C'est toute la question de la dialectique basale entre Objet d'arrière plan et Interpénétration des regards (Grotstein et Haag) : pour échanger des messages entre deux sujets, deux personnes, une stabilité existentielle est nécessaire, représentable par l'intériorisation de l'OAP. Cette intériorisation est elle-même très dépendante de ce qui s'est passé dans les générations précédentes. Transgénérationnnel et intergérérationnel (Lebovici).
La tranquillité est une qualité d'ambiance importante (la mère de la tranquilité).
Rappel sur le bloc magique : pour la surface d'inscription, un pare-excitations, sinon rien !
Donc pour éprouver un passage sans que cela soit une rupture ou un arrachement, nécessité d'une possibilité de représentation, donc d'inscription, donc de pare-excitations. Sinon, retour des arrachements, chutes style " ne pas cesser de tomber ", précipitation, etc : angoisses archaïques, agonies primitives, qui viennent " plomber "le travail de représentations : exemple : j'ai besoin de maman pour telle fonction ; la relation d'attachement avec elle me laisse à penser que ce n'est pas sûr qu'elle soit disponible ici et maintenant, donc plutôt qu'un travail d'anticipation sur la mise en forme du besoins que déclenche chez moi tel ou tel type de manque, je m'attache à savoir dans quel état sera maman : la représentation de l'objet de mes besoins, désirs demandes, va se focaliser sur la personne ressource qui sur-détermine leur obtention et fragilise le travail de représentation, donc difficultés à me séparer de celle qui pourrait m'aider à la satisfaction de mes besoins.
Donc passage, bébé et continuité.
Mais dans notre pratique professionnel je reste très attaché à ce qui fait vivre et rend possible le passage dans la continuité, autrement dit la prise en compte de la relation transférentielle : l'opérateur fondamental de la psychiatrie de secteur, à savoir la continuité des soins. Le passage de la situation du bébé déprimé présentant un quasi-syndrome autistique de ses seuls parents qu'il inquiète de plus en plus, au pédiatre du CAMPS départemental qui le reçoit, l'accueille, l'examine et fait un bilan approfondi de ses difficultés développementales et de sa souffrance psychique, puis au pédopsychiatre et à son équipe qui va le prendre en charge en tenant compte de la manière la plus importante possible de la souffrance des parents, montre à l'envi que des conditions de ces relations vont dépendre de la qualité des passages en question. Mais il ne me semble pas qu'il faille s'arrêter en si bon chemin : ce type de passage diachronique n'est rien s'il n'est pas corrélé à une pensée synchronique des passages de fonctions et de compétences. Il s'agit là des fameux " rapports complémentaires " décrits par Eugène Dupréel, que Jean Oury a préféré appeler " rapports de-complétude " pour bien marquer la nécessaire néguentropie qu'elle suppose. En pratique, les parents continuent d'exercer leur parentalité, le pédiatre de suivre l'enfant tout au long de son enfance et le pédopsychiatre de proposer une thérapeutique subtile et éclairée. D'ailleurs, souvent, ce dernier va être rejoint par des éducateurs, des pédagogues, etc qui vont venir assurer une fonction spécifique dans la trajectoire de cet enfant. On le voit, la conception du passage est bien celle de la diversité, de la compétence et sommes toutes, de la dimension du partage, notre maître à tous disait Pindare.
Donc partage, passage et continuité synchrono-diachronique.
Dans l'équipe, puis les équipes en relation qui soignent et éduquent l'enfant sous l'égide des parents, il ne peut être question de décréter que le passage est obligatoire. La qualité du passage est le résultat d'un long travail institutionnel qui permet et facilite les vertus cardinales de notre métier de psychiste : le prêt de notre appareil psychique à l'autre, la subjectale, le respect de l'historicité, la formation continuée à perpétuité, les relais avec la cité, la permanence des institutions soignantes, …toutes qualités facilitatrices des passages d'une fonction à une autre, d'une position à une autre, d'une reflexion à celle d'un autre, d'une proposition thérapeutique à une autre, … et pour tout dire d'une reconnaissance de la pluralité et de la diversité ou de ce que Derrida nomme la " différance ", sans lesquelles la totalisation retotalisée décrite par Sartre comme la plaie stalienne des groupes est inévitable.
Il n'est que de se reporter aujourd'hui à certaines sectes pseudo-psychanalytiques, à certaines associations défendant une position intransigeante en matière d'autisme à l'exclusion de toute autre, suivez mon regard comme disait Bonnafé…pour mesurer que cette diversité que j'appelle de mes vœux n'est pas si simple à réaliser. Nous sommes désormais dans un monde de la complexité, bien mis en évidence lors du congrès de la SFPEA organisé à Reims par G.Schmit il y a quelques années.
Donc passage et complexité.
Enfin, il est un type de passage qui n'est pas simple à régler, celui de la transmission de notre travail de soin de l'équipe de pédopsychiatrie à l'équipe de psychiatrie d'adultes. Histoire de Corinne et Xavier. Le syndrome de l'automne.
Passage et changement.
Pierre Delion
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