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REFLEXIONS A PROPOS DES THESES ET PROPOSITIONS DE KANDEL, RELATIVES AUX LIENS POSSIBLES ENTRE PSYCHANALYSE ET NEUROSCIENCES : POUR LA DEFENSE D’UNE IRRÉDUCTIBILITÉ DE L’OBJET.



Dr Christophe CHAPEROT, psychiatre, psychanalyste, Médecin Chef du 6ème Secteur de Psychiatrie Générale de la Somme au Centre Hospitalier d'ABBEVILLE - 43 rue de l'Isle - 80100 ABBEVILLE.

Les textes qui siuvent sont publiés dans la revue l’Evolution Psychiatrique et consultables sur le site : www.sciencedirect.com .


Les liens possibles entre psychanalyse et neurosciences font l’objet de nombreuses publications : tantôt les neurosciences invitent la psychanalyse à adopter au moins en partie les principes de la méthode expérimentale, tantôt la psychanalyse épingle le réductionnisme positiviste pour proposer une ouverture dénaturante. Nous proposons de discuter dans ce texte un malentendu fondamental qui concerne directement la différence irréductible entre « objet » de la psychanalyse et « objet » des neurosciences.
Ainsi, après reprise de l’évolution de la conception de l’objet de la psychanalyse, sera montré que les expérimentations imaginées par Kandel pour étudier les effets de la psychanalyse ne peuvent rien montrer de la psychanalyse par elle-même.

TRAVAIL PSYCHANALYTIQUE, TRANSFERT ET MANIEMENT DU TRANSFDERT DANS LA CURE DES PERSONNNES DIAGNOSTIQUEES « PSYCHOSE» OU « SCHIZOPHRENIE »
Dr Christophe CHAPEROT, psychiatre, psychanalyste, Médecin Chef du 6ème Secteur de Psychiatrie Générale de la Somme au Centre Hospitalier d'ABBEVILLE - 43 rue de l'Isle - 80100 ABBEVILLE.

La possibilité d'un travail psychanalytique, ou d'une cure, avec un patient psychotique est controversée et suscite de nombreux débats. Nous reprendrons les diverses positions de Freud pour montrer son ambivalence, puis nous détaillerons les présupposés et techniques proposées dans les diverses écoles de psychanalyse, pour montrer que les règles techniques du traitement résultent principalement des diverses hypothèses étiopathogéniques respectives.
Ces règles techniques différentes induisent chez l'analyste l'adoption d'une "posture" particulière, qui différera en fonction de son école d'appartenance, Nous postulerons que ces postures ne s'excluent pas, et reflètent en vérité soit des "moments" du traitement, ou bien des "techniques" plus à même d'aider tel "type" ou tel autre de patient.
Par commodité, nous "découperons" le transfert en trois aspects : imaginaires, symboliques et réels, et nous montrerons que ces trois dimensions du transfert existent chez Freud.
Puis au sein de ces trois catégories, nous détaillerons les "postures" que nous mettrons en rapport avec celles préconisées par divers auteurs freudiens, kleiniens ou lacaniens.
Le transfert imaginaire représentera celui décrit par Freud dans "La technique psychanalytique", correspondant au transfert d'imago de la petite enfance sur la personne de l'analyste. Nous défendrons l'idée selon laquelle, initialement, le transfert de la personne psychosée est transfert de "fonctions", telles qu'on les retrouve dans le schéma R de Lacan : m, i(a), M, NdP, I, Phallus.
Le transfert symbolique concernera l'appel à une mise en langage, pouvant prendre la forme par exemple de l'élaboration du délire. Enfin, le transfert réel sera celui par lequel, à l'inverse du processus névrotique de "découvrement" de l'objet, représentera le mouvement d'enserrer l'objet dans le discours. Nous défendrons l'hypothèse, que nous argumenterons, de la possibilité de mutations structurales entre psychose et névrose, la structure étant conçue comme la modalité privilégiée de l'échange (transfert) à un moment "t".

REFLEXIONS SUR LE CADRE THERAPEUTIQUE ET L’INSTITUTION : MEDIATISATION ET CARACTERE PARTIEL Dr Christophe CHAPEROT, psychiatre, psychanalyste, Médecin Chef du 6ème Secteur de Psychiatrie Générale de la Somme au Centre Hospitalier d'ABBEVILLE - 43 rue de l'Isle - 80100 ABBEVILLE.

L’époque n’est plus à la psychothérapie institutionnelle, qui pourtant imprègne les pratiques ou consiste au sein des institutions à la manière d’un sédiment historique et partiellement refoulé. L’époque à contrario, produit de la « réponse », solutionne, obture le réel, le recouvre. Offre d’écoute, projet, protocole, réponse, un fantasme de bi correspondance idéale entre un problème et sa solution, fantasme lié à l’évolution du discours social, semble régir, progressivement, l’organisation des structures de soins. Nous partirons d’une dimension intimement liée à l’institution soignante, le cadre thérapeutique, pour discuter la possibilité d’un respect de la béance du sujet, qui, outre ses résonances éthiques, se prolonge d’effets thérapeutiques.
Nous tenterons de définir la notion de Cadre thérapeutique, pour l’analyser et en proposer une modélisation basée sur son caractère partiel.
Le cadre sera envisagé sous son aspect « général » (appliqué à tous) et singulier (adressé à un sujet, inventé par l’institution pour lui seul).
Le Cadre Singulier apparaîtra identifiant, étayant, contenant et interprétatif. D’autre part, son caractère partiel (Epi-cadre) sera entendu comme permettant l’élaboration par le sujet de son propre cadre (l’hyper-cadre). Un cas clinique succinct viendra illustrer notre propos. Nous poserons enfin l’hyper-cadre comme mise en acte pour interroger, sans répondre, sa nature, c’est à dire son rapport à la symbolisation.

A propos de "ARCANES DE LA PSYCHOSE
RETROUR AU TEXTE DE SCHREBER" de André Bolzinger
Paris, Campagne première, 2005
Dr Christophe CHAPEROT, psychiatre, psychanalyste, Médecin Chef du 6ème Secteur de Psychiatrie Générale de la Somme au Centre Hospitalier d'ABBEVILLE - 43 rue de l'Isle - 80100 ABBEVILLE.

Daniel Paul Schreber nomme à bras le corps, dans une étreinte horrible avec la nudité réelle d'un sens privé de poésie. Et, sans ânonner le sempiternel couplet du psychotique qui peut nous en apprendre long sur le réel, couplet aliénant la personne psychosée dans une pure externalité d'exclusion sous couvert de notre innocente et irréprochable écoute, André Bolzinger prend le texte de Schreber à bras le corps, dans sa langue en Allemand. André Bolzinger traque là encore l'origine, en exégète consciencieux, avec le projet avoué d'explorer les aspects du texte "Denkwiirdigkeiten eines Nervenkranken" (Pensées et réflexions d'un malade des nerfs) publié en 1903 par le juge Allemand Daniel Paul Schreber, les aspects donc que Freud et Lacan ont laissé de côté (en plan ?) au cours de leur pourtant magistrale étude (notamment l'appartenance luthérienne de Schreber et l'utilisation dans son écriture des guillemets). André Bolzinger poursuit ainsi dans la veine féconde qui est la sienne, après différents travaux fondamentaux dont "La réception de Freud en France avant 1900" et "Freud et les parisiens" [1] [2], dans lesquels à l'inverse d'une dévotion intellectuellement inerte au fondateur de la psychanalyse, il s'était alors employé à en comprendre le cheminement, en historien - analyste, de même qu'ici il désacralise le texte schreberien (comme ses illustres commentateurs) pour se l'approprier et le presser tel un citron effectivement juteux.

Qui a lu le texte de Schreber, même en traduction française, a connu ce sentiment confus d'angoisse, d'agacement, d'ennui suscité par une perspicacité glaciale et dérisoire d'un auteur qui semble écrire sans soulagement.

L'un des aspects passionnant de l'analyse de Bolzinger réside en l'accent mis sur le style littéraire de Schreber ou plus véritablement sur son absence totale de tout style.

Si bien que le lecteur est pris dans un langage en quelque sorte débarrassé de son auteur. La formule n'est pas très heureuse mais prendra sa résonance dans la suite, introduisant Freud et Saussure.

Car aucune créativité dans le texte, pas de rêve, rêver est un art et Schreber avance tel une machine à syllogismes insistant sur tous les détails, même les plus insignifiants, dans une jouissance de la nuance lexicale, dans le dédain de toute dimension personnelle à sa parole. Bolzinger montre et exemplifie l'effort schreberien de neutraliser tout effet poétique ou métaphorique, si ce n'est par impossibilité, jamais le langage n'est détourné pour laisser jaillir l'inouï, il est gelé dans une prise en masse nominative, descriptive, dans un "pied de lettre".

D'ailleurs une telle écriture qui ne prend appui ni sur le style, ni sur la poésie d'aucune façon, si elle n'émane assurément pas d'un poète ni d'un romancier, si cette écriture est de ce fait authentiquement anti-littéraire, elle est l'œuvre de celui qui combat sans arme. Sans l'arme d'un style porteur de vérité, ce qui implique pour l'auteur de mener la démonstration à son terme, espoir insensé et dérisoire. Notons que Bolzinger constate l'anti-style de Schreber, son inaptitude ou refus à toute métaphorisation sans pour autant généraliser à la psychose. En effet, l'étude concerne le texte d'une personne psychosée, Daniel Paul Schreber, et rien ne permet d'en faire le maître étalon de toute psychose. C'est là où le travail de Bolzinger est un rappel à l'ordre et une invitation à la désacralisation. Freud et Lacan ont mis et remis sur le métier le texte des mémoires pour en tirer des conclusions qui concernent le texte lui même, il s'agit bel et bien d'une monographie. A ce sujet, Freud a intitulé son commentaire "Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa" et Lacan a intitulé son séminaire "Psychose (le cas du président Schreber)". C'est la raison pour laquelle le choix d'intituler la version dite officielle du troisième séminaire "Les psychoses", au pluriel donc, constitue un abus et une falsification.

Bolzinger reprend l'analyse de la "Grundsprache", la "langue primaire" du "parler des nerfs", fait d'archaïsme et d'euphémisme, comme le sont les langues mortes. Cette occultation par cette langue hallucinée du sens brutal, cette euphémisation systématique, comporte des similitudes troublantes avec la langue du discours des nazis (ce que montre Victor Klemperer [3]). Une langue morte, une langue folle.

C'est ainsi que les guillemets voulus par Schreber dans son texte sont considérés, ce que Freud et Lacan ont laissé de côté : ils encadrent les énoncés de la langue fondamentale , autrement dit le texte des hallucinations. Et de constater que les voix ouvrent les guillemets, et Schreber fournit le texte, les "formules sont les siennes et pourtant il les récuse", tout en les insérant dans son propre texte, les transcrivant avec docilité, dans une ambiguïté des plus étrange et touchant là pour le coup probablement le cœur de la psychose. Il s'agit de repérer ce en quoi le sujet halluciné oscille dans sa conception de l'origine des voix. Non pas qu'il se les approprie dans un effet d'assomption subjective, ni qu'il se dégage radicalement de toute responsabilité participative quant à leur contenu, mais bien qu'il oscille de manière ambiguë et troublée entre ces deux raisons, plus qu'il ne se fixerait immobile dans un entre deux.

Schreber se dissocie par l'écriture, entre victime passive pénétrée par la voix divine et médiat qui donne la parole à Dieu à travers lui, encore dédoublé par le lecteur qui prolonge d'un troisième terme : Schreber auteur inconscient de son discours halluciné. D'où un triple découpage possible de la posture Schreberienne, Bolzinger opérant le tour de force d'intégrer le lecteur à la logique du texte, comme procédant d'une intentionnalité inconsciente de Schreber.

Dieu, par ce qu'il dit, se montre un souverain imprudent et peu estimable, de nature versatile, incapable de se laisser instruire par l'expérience, toujours identique à lui-même, qui ne peut que radoter, rabâcher, répéter…" comme un orgue de barbarie qui ressasse toujours ses vieilles rengaines. Ces vieilles rengaines font écho aux livres de son père, une dizaine, consacrés à l'hygiène et à l'éducation.

Schreber se montre sceptique relativement à toute méthode éducative venant du dehors : pourquoi éduquer quand il suffit d'instruire ? Son livre ainsi, par son objectif d'instruire surpasse l'œuvre éducative paternelle, toute consacrée à répéter, radoter, rabâcher.

Bolzinger, finement, nous amène à entendre le père dans les hallucinations, par le texte, sans plaquer la rustine lacanienne de la forclusion : Schreber entend le vide de son père entre guillemets. Schreber entend bien le silence, et note que dans le livre de son père intitulé "Gymnastique médicale de chambre" aucune mention n'est faite des relations sexuelles, et d'ironiser sur cette ignorance ou ingénuité médico-paternelle.

En cela perspicace, Schreber entend le non-dit, apparaît sensible aux résonances de la langue bien qu'il les neutralise dans son propre texte, jusqu'à écrire "je suis amené à penser qu'il y a quelque chose de vrai dans les histoires invraisemblables que rapportent les voix", démarche bien freudienne s'il en est, Schreber a rédigé son texte à l'asile entre 1896 et 1902, à l'époque entre "de l'esquisse d'une psychologie scientifique" (1895) et la fin de la correspondance entre Freud et Fliess, dite auto-analytique, entre 1887 et 1902. Freud avait écrit avec Breuer les "études sur l'hystérie" en 1885 et écrira en même temps que Schreber "L'interprétation des rêves" (1900), "Le rêve et son interprétation" (1901) et "Psychopathologie de la vie quotidienne" (1901). Deux auteurs contemporains donc.

Auteurs contemporains, mais aussi promoteurs d'une certaine autonomie du langage, d'une discipline d'écoute, d'une conception de l'énergie "sexuelle", d'une pensée du féminin.

Schreber, lorsqu'il entend les "oiseaux", se laisse flotter dans leurs discours et se montre sensible aux assonances, il semble associer librement sur ses voix sans privilégier une signification sur une autre : bref, son attention est flottante.

Bolzinger s'amuse de même à constater que Ferdinand de Saussure, inventeur de la linguistique moderne et qui le premier a défini une forme d'autonomie du langage (image du ruban sub-conscient), faisait ses études de philologie à Leipzig, ville où Daniel Paul Schreber commence sa carrière comme conseiller à la Cour d'Appel.

A cette même époque, Freud travaillait dans le laboratoire d'histologie d'Ernest Brücke, et publie sur "l'origine des racines nerveuses postérieures de l'Ammocète" (en 1877). Reste à regretter la cruauté de l'histoire qui ne ménagera aucune possibilité de rencontre effective entre les trois hommes. Mais il est frappant de constater avec Bolzinger les similitudes entre certaines conceptions de Freud et certaines élaborations de Schreber, principalement en ce qui concerne ce que nous nommerons par facilité "l'énergie psychique" comme ce qui concerne la nature interrogatrice du "féminin".

Car Schreber avait conçu une théorie personnelle de la "libido" freudienne, achevant le rapprochement classique entre "théorie psychanalytique" et "délire" réalisé dès l'origine par Freud lui-même.

Schreber en effet élabore une thèse selon laquelle l'énergie psychique (et physique) proviendrait d'une "force d'attraction nerveuse" qui est un "dynamisme immatériel" à "composante érotique" ! cette force d'attraction, ce désir, forme (et là nous nous éloignons de Freud, sauf à reconsidérer la pensée Schreberienne à l'aune de la théorie du narcissisme et de l'investissement objectal de 1914) forme donc un piège pour Dieu : si Dieu y succombait il se laisserait totalement absorber dans son mouvement et disparaîtrait.

Ainsi cette exacte intuition de la libido freudienne par Schreber, dans l'air du temps thermodynamique de l'époque, se prolonge d'une conception avancée du narcissisme.

Cette attraction, Schreber l'examinera sous l'angle du désir sexuel, constatant que :
- Un homme est excité à la vue d'une femme nue.
- Une femme n'est pas excitée à la vue d'un homme nu (cet aspect serait à réinterroger en ce qui concerne le développement de strip-teases masculins à l'intention de public de femmes, entre identification au désir masculin et excitation par l'incongruité, ou même désir féminin spécifique, voir désir tout court se libérant des carcans de convention).
- Une femme peut être excitée par une femme habillée : nous voilà avec Dora et sa passion pour Mme K, interrogeant "que veut une femme ?". Ce "que veut une femme ?", que Lacan repère comme une des questions irrésolue par Freud, (de même que : "Qu'est ce qu'un père ?") se prolonge chez Schreber d'un travail sur le regard, le féminin, le désir. Sans s'appesantir sur le "ça devrait quand même être très beau, très joli, très mignon d'être une femme dans une coucherie", dévoilant un élément fondamental de la jouissance féminine comme "passive", ce que Freud soulignera, repérons avec Bolzinger qu'un virage est pris (par Schreber et Freud) en ce que les femmes s'échappent du simple registre des objets fantasmés par l'homme pour entrer dans celui de sujets munis d'un fantasme et d'un désir propre et spécifique.

Schreber apparaît bel et bien précurseur et porte-parole de la jouissance féminine, par son acuité douloureuse. La femme couchée sur le dos et subissant l'étreinte est comparée au Christ sur la Croix, éloge de l'attitude passive en écho à la prescription luthérienne de "l'abandon à la grâce de Dieu", avec le risque mortel d'être laissé "en plan, sur le flanc, gésir (Lacan), là, croupir, pourrir, mourir" par lui.

Et Schreber explore plus loin encore la question du désir en la nouant à celle du regard, et même de "l'objet regard", quand il évoque souhaiter jouir de regarder une femme en étreinte avec elle même, tout en étant regardé par Dieu qui finalement jouirait du spectacle d'un regard de jouissance (regard de Schreber). Puis Schreber guettant sa transformation en femme, se travestissant, s'observant dans le miroir pris dans le regard de Dieu. Ce montage du regard comme objet, évoquant certains scénarii pervers de voyeurisme mais aussi hystériques interrogeant la nature du désir comme constitutif du sujet (désirant et étant désiré) est simplement époustouflant, et l'art de Bolzinger a été ici de le dévoiler, c'est le cas de le dire.

Et là encore, Bolzinger opère le lien, pour tirer le délire vers son sens caché et singulier, articulé aux représentations qui organisent le sujet, refusant de le cantonner à une simple élaboration abstraite et logique qui n'aurait que sa cohérence interne comme raison. Un délire n'est pas un cas de délire, nous dit André Bolzinger.

Il nous montre que, encore dans cette même veine, Schreber avait probablement lu les travaux de Flechsig, qui traitait l'hystérie par castration chirurgicale des ovaires et de l'utérus, qui intervenait donc sur les différences sexuelles internes.

Pour poursuivre avec cette "persécution de transfert" que Schreber vouait à Flechsig, le soupçonnant de l'avoir hypnotisé pour raisons thérapeutiques puis scientifiques, avant d'interrompre brutalement le traitement car "comprenant" qu'il s'agissait de forces surnaturelles, on lit sous la plume de Bolzinger le parallèle "Dieu-Flechsig" par le truchement des "nerfs", Flechsig ayant donné son nom à un réseau de fibres nerveuses reliant la moelle au cervelet et transportant une sensibilité interne si comparable à la "volupté".

Egalement l'accent est mis sur l'origine Luthérienne de notre écrivain patient, que l'on se prend à écouter écrire avec Bolzinger, derrière le même divan, origine négligée par Lacan qui a peut-être trop exclusivement orienté sa recherche sur les structures logiques internes du discours Schrebérien, le reproche devant ceci étant être adressé à ceux qui font de la dimension spécialement orientée de la démarche de Lacan l'équivalent de l'aboutissement en une totalité d'un savoir sur la psychose. Ainsi, ce qui a déjà été évoqué, la conception luthérienne du rapport à dieu imprègne les conceptions de Schreber : Dieu lointain demandant que l'on s'abandonne passivement à lui, relié à la figure paternelle par une supposée versatilité, une incapacité à se laisser enseigner par l'expérience, qui radote ses préceptes éducatifs, relié à la figure de Flechsig également.

La traduction de la bible en Allemand par Luther fait du peuple allemand un peuple élu par Dieu, à l'instar du peuple juif par la langue Hebraïque dans laquelle était primitivement écrit le texte, élection par Dieu qui forme le principal du tourment Schréberien.
La singularité historisable du délire Schrébérien est notée encore lorsque l'hallucination des ours bruns, "Bäre" est associée à "Behr", nom de son beau-père admiré et aimé, par un jeu d'homophonie, beau-père à la belle voix de basse. L'intérêt de la lecture dans la langue d'origine est là encore souligné.

Bolzinger, par son décryptage du message Schrébérien, propose l'exemple d'une écoute et enseigne à nos oreilles, rappelle comme une personne psychosée s'écoute dans sa singularité, et s'analyse sans céder à l'identification névrotique, c'est à dire en respectant la spécificité de cette parole (ou écriture), sans non plus réifier la personne dans une identité mécanique organisant un discours strictement logique.

Bolzinger relate comme Schreber se sentait soulagé de ses voix lorsqu'il était invité à dîner à la table du directeur de l'asile. Il se montrait d'ailleurs un convive agréable et non symptomatique. Ainsi, au-delà d'un simple ouvrage érudit et profond, le travail de Bolzinger propose implicitement une ouverture clinique véritable, et, à lire sa très complète revue de la littérature commentée des articles et livres consacrés à Schreber, qui clôt le livre, on ne peut que constater la pente mécaniciste interprétative qui menace ce témoignage inégalé. La réflexion qui peut se forger alors est celle-ci : notre savoir analytique sur "la psychose en générale" ne repose t-il pas en partie et par erreur sur des aspects en vérité purement singuliers du discours de Schreber ? Par exemple, ne pourrait-on pas réenvisager ce qui, dans nos théories qui reposent en grande part sur le texte de Schreber, via Freud et Lacan, est directement secondaire à l'imprégnation Luthérienne ? Ce qui apparaît comme intimement lié à l'histoire de Schreber et n'a donc pas vocation à la généralisation ? d'autres aspects peut-être ? Ainsi, avec Bolzinger, la théorie est réinterrogée, un travail étonnant serait maintenant de reprendre en détail les travaux de Freud et Lacan pour y soustraire de la généralisation la singularité du "cas".

Donc, un grand livre, important et nécessaire, qui ne ronronne pas avec les autres, et s'aventure non seulement "par dessus le mur" mais aussi avec la personne psychosée. En conclusion, ce qui fait écho en négatif à la "pathoplastie" entendue par Jean Oury, citons cette phrase de Bolzinger (p 169) : "Dans les affres de la psychose, la simple présence d'un interlocuteur potentiel est un appui précieux qui empêche l'enfermement du langage sur lui-même".

[1] Bolzinger A., La réception de Freud en France avec 1900. Paris, L'Harmattan, 1999.
[2] Bolzinger A., Freud et les parisiens - Paris, Campagne première, 2002.
[3] Klemperer V., LTI, la langue du IIIè Reich, Carnets d'un philologue. Paris, Agora Pocket, 2003.



Les textes sont publiés dans la revue l’Evolution Psychiatrique et consultables sur le site : www.sciencedirect.com .






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