La psychiatrie à l’épreuve de l’animalité
Par Mme Nadia Vilchenon
Psychiatre
Orientation psychanalyse existentielle, au carrefour de la psychanalyse et de la philosophie, dans sa situation renouvelée, à l’âge de la déconstruction et des reconstructions éco-humanistes.
Là, personne, là où personne ne répond mais seulement là où s’entend un appel, un appel qui nous interpelle, nous convoque et nous demande à nous psychiatres de répondre, là où la maladie déjà tombe dans le trouble. Alors, que dire de cette personne qui est aussi malade mental et victime ou plutôt capable d’un trouble psychique, trouble pas seulement soluble dans les psychotropes mais qui a une fonction défensive et parfois, dans la névrose, un sens caché, à découvrir. Cette personne qui détonne et étonne, objet d’attentions et de soins voire de répulsion et d’exclusion a des effets de révélation de notre humanité et de nos limites.
Etiqueté selon les moments fou, aliéné, malade, psychotique ou dément mais jouissant du statut de personne alors que là, personne, ce sujet peut devenir objet de traitement, assujetti aux demande des tiers et aux soins sous contrainte. Que dire aussi de l’épineux problème des troubles de la personnalité confiés à une psychiatrie sous injonction de soins et qui doit répondre mais de quelle remise en ordre ?
Finalement, c’est toute la question de l’humain qui est posée, d’un humain tout simplement trop humain et défaillant à assumer pleinement l’exigence d’un plus d’humanité au sens du réveil des consciences et de la bienveillance.
La psychopathologie souligne la difficulté que représente le passage de l’individu biopsychosocial à la personne libre et responsable, seule à même de pouvoir s’engager et tenir une parole en répondant de soi, de l’autre et devant la loi. Car la personne, instituée et instituant l’humain par et dans la Loi symbolique, est avant tout sujet de droit, droits qui protègent mais qui définissent aussi des normes et des transgressions, des délits et des crimes. Les dimensions morales et juridiques de la personne posent ici de multiples questions et s’avèrent insuffisantes lorsqu’elles prétendent s’appuyer sur une définition des prétendus propres de l’homme, se dotant lui-même de raison et de conscience.
Sceptique, Montaigne déjà affirmait que si un fossé devait être creusé, il séparerait non pas l’homme des animaux mais les hommes entre eux, le saint du criminel ou le commun des mortels du génie éternel. Mais dans sa diversité, l'humanité reste une et solidaire et c'est sa dignité. Cependant elle doit rester lucide. Les maîtres du soupçon et en particulier Freud, ont dénoncé les illusions et impasses d’un certain optimisme des Lumières où la conscience à son zénith écarte l’ombre de l’inconscient où s’agitent et agissent les impensés.
Le réalisme oblige à reconnaître que le crépuscule de la modernité s’oublie trop souvent dans la brillance des éclairages qui ouvrent des chemins qui mènent nulle part. Mais l’idée de personne reste une lumière sur la bonne voie malgré une projection anthropocentrique qui laisse le reste du vivant dans le noir d'un déni de droit. Dans son opposition à l’objet, la personne a une valeur intrinsèque et est sujet de droit. Côté négatif, un tracé de frontière se dessine en suivant les grandes lignes d’un humanisme critique qui sépare l’homme de toutes les autres espèces animales au risque de le délier et d’entraîner sa chute. Pourtant les animaux ont trouvé après Montaigne d’autres voix pour les soutenir, comme celles de Victor Hugo, Charles Péguy, Marguerite Yourcenar, Albert Schweitzer, Théodore Monod, Hubert Reeves, Michel Serres, Jacques Derrida, Elisabeth de Fontenay et bien d’autres encore, voix de plus en plus nombreuses aujourd’hui. C’est possible de donner des droits aux animaux, voire de leur conférer le statut de personne, sans offenser le genre humain mais en s’appuyant sur les textes qui les accordent aux humains immatures ou incapables majeurs, sous autorité parentale ou sous tutelle. Il est sans doute possible de déplacer la frontière sans danger pour l’homme mais au contraire dans son intérêt en prenant la mesure des bénéfices et des risques. Surtout qu’aujourd’hui, après de trop nombreux abus et dérives, des choix de société sont nécessaires alors même que le mépris de la vie et la cruauté menacent l’espèce humaine et l’humanité même de l’homme. Aussi, c’est en interrogeant les connaissances scientifiques et les arguments philosophiques qu’il faut essayer ensemble de réfléchir et de débattre sur la nature en abyme et le sens de cette frontière qui sépare humanité et animalité. Car enfin, le présupposé humaniste d’une exception valant rupture dans l’ordre de la nature reste assez vague et même parfois contraire à la réalité des faits. Des animaux, comme les grands singes anthropoïdes, les dauphins, les éléphants ou d’autres encore peuvent se hisser à hauteur d’hommes alors que ceux-ci peuvent parfois déchoir et tomber dans l’indignité du crime ou l’irresponsabilité de la maladie. Et certains ont des qualités ou des possibilités qui dépassent nos aptitudes humaines et qu'il nous faut reconnaître.
En s’élevant jusqu’à Dieu au point d’oublier qu’humain vient d’humus, la matière, l’homme a fini par ne plus vouloir se réfléchir dans le miroir tendu par l’animal, miroir qu’il préfère casser pour mieux s’envisager lui-même. Et c’est ainsi qu’il se conçoit maître du logos et de la Création, à l’image du Dieu invisible qu'il défigure pourtant en perdant ses traits de sensibilité et de miséricorde.
Effaçant de sa vue ce qu’il ne saurait voir, homoeconomicus vampirise la vie, se dessinant lui-même la seule personne en scène en pleine disposition des objets, si ce n'est de ses moyens, mais qui se perd elle-même en perdant son reflet.
Seule sur la scène du monde digne d’y figurer, la personne ampoulée dans un genre humain quasi divinisé, ne s’expose-t-elle pas à devenir caricature en s’alimentant à des lignes idéologiques à haute tension qui la font clignoter dans le rouge ?
Avec l’humanisme anthropocentrique et les droits de l’homme, seul l’être humain, indépendamment de son état, de ses capacités et de ses qualités bénéficie de la dignité de la personne et est sujet de droit.
Pourtant, tout au long de la courte histoire qui va de l’antiquité à nos jours, le progrès humain a étendu la couverture des droits d’abord à l’esclave puis à l’étranger colonisé, puis aux femmes et aux enfants enfin aux êtres humains immatures, aux fœtus, aux débiles, séniles, comateux, déments, handicapés mentaux et psychiques, animaux de compagnie. Mais l’animal reste un bien et parfois l’objet de droit mais pas toujours pour son seul bien ni pour le bien de l’homme d’ailleurs quand la voie vers plus d’humanité passe par l’humanisation de notre rapport au monde, au vivant et au sensible. A ce jour, la reconnaissance fragile de la valeur intrinsèque de l’autre animal, de sa sensibilité et de son droit au respect et à la protection ne concerne ni les animaux sauvages qui peuvent être victimes de prédations excessives et de cruautés, ni les animaux maltraités des usines à viande, ni ceux qui servent et souffrent pour les spectacles et sports cruels, ni ceux qui sont instrumentalisés dans nos laboratoires ou bien qui sont tout simplement ignorés et qui disparaissent avec l’exploitation saccageuse de leur biotope.
Aujourd’hui, nous nous sommes tellement élevés que nous n’entendons plus les appels de ceux qui sont restés au-dessous de nous et que l’on écrase tout en restant trop souvent indifférents à leur sort. C’est seulement les failles de plus en plus importantes qui minent l’édifice et le menace d’écroulement qui nous obligent à prendre la mesure de nos erreurs et de nos torts. Un retour sur nos fondements et une reprise des bases conceptuelles qui structurent nos conceptions théoricopratiques obligent à reconnaître les champs aveugles et l’immoralité qui traverse aussi l’humanisme moderne dont nous sommes héritiers. Et par effet boomerang, ces aveuglements et ces surdités nous exposent à des traumatismes difficilement évitables et dont on mesure déjà les effets avec les réfugiés du climat qui affluent à nos portes et face auxquels nous nous trouvons fort démunis. Car l’animal humain, que deviendra-t-il quand ses conditions biologiques de survie seront compromises ? Et que deviendront les droits de l’homme face aux conflits liés à l’épuisement des ressources et aux flux croissants des migrants climatiques ?
Nous semblons là bien loin de la psychiatrie mais comment répondra-t-elle aux défis du temps et avec quels moyens ?
Défendre les animaux et interroger la place qu’ils tiennent dans la pensée psychiatrique n’est pas absurde et ne conduira pas à la monstruosité morale que supposent trop souvent des humanistes trop sûrs d’eux et du bien fondé de leurs convictions. L’histoire du XXè siècle témoigne pourtant tragiquement de ce que la rupture entre l’homme et l’animal finit par produire, la possibilité d’un abaissement de certains groupes humains au rang de l’animal, abaissement qui peut conduire au pire à travers le déni de valeur et du droit à l’existence qui accompagne le processus de déshumanisation.
L’idée de personne en lien avec la question animale ne nous entraîne pas du côté de l’écologie profonde avec son inhumaine haine de soi humain mais vers la recherche de plus d’humanité. Car c’est dans l’abaissement que nous pourrons le mieux nous grandir en retrouvant le sol qui nous nourrit et dont la beauté et les richesses peuvent nous confondre et nous sauver sans doute mieux qu’une toute-puissance illusoire.
S’il ne faut pas nous dénaturer au risque d’un tout socioéconomique abusif et mortel ou d’un spiritualisme désincarné, il ne faut pas non plus tomber dans un naturalisme qui nie l’histoire et la forme que donne le langage à l’humain.
Dans le paradoxe d’un sujet libre dans son assujettissement même et dont le soi est aussi de l’autre, l’être humain est forcément sous-franc dans l’inconscience de ses francs-schizes pleines de méconnaissances. Toute la question des impensés qui altèrent la vérité se pose donc à celui qui subit le trouble, s’engouffre dans la douleur, la résonne, la contient, l’arraisonne ou la raisonne mais dans son corps assone. Et avec le corps assone qui parle une autre langue difficile à traduire, les gestes et jeux de mots dédoublent le sens, détachant rattachant chacun au fond lointain où il s’enracine et qu’il dénature pour mieux s’en arracher. Mais il reste toujours attaché où là graphe décide du sens en unissant le visible et l’audible, le signe et le son, là où le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. Et c’est là un autre paradoxe, celui d’une attache qui libère contre une rupture mortifère qui agrafe surtout un prix au vivant et le fixe à la démesure de nos besoins et profits.
La complexité nous oblige à tenir les deux bouts, celui de la force et du sens, tout en soulevant les questions éthiques indispensables pour ne pas perdre une des dimensions essentielles de l’humain à la fois corps et esprit, naturel et institué, structuré et historique, donné et créé. Cependant, pour dépasser le donné et inventer l’avenir, encore faut-il être devenu authentiquement humain, libre et responsable et capable d’empathie. Dans ce sens, l’humanité est une tâche et sa réalisation dépend des conditions rencontrées dans l’histoire individuelle et collective, histoire aussi du mal-être d’individus qui se cherchent ou se perdent et d’une société en demande de soins psychiatriques. Mais quelle psychiatrie et pour quels soins ? Dans une psychiatrie de la personne, il faut parfois arriver à faire passer sans tomber dans la répétition de personne a aimé à personne à aimer, désirante et désirable, dans la confrontation du désir et de la loi. Ce passage difficile, maturant, structurant, nécessite de la relation avec ses transferts d’accents qui donnent le ton et le temps. Et du temps il en faut, celui que prend une approche qui retisse les liens rompus par l’indifférence ou la haine, pour simplement rattacher à la vie et lui donner du sens.
Actuellement, notre époque agrafe autrement les troubles et là personne sauf des symptômes, les faisant débloquer par un tour de synapse tout en les fixant de fait dans un diagnostic qui piège. Personne gagne dans l’impasse des consommations vides de sens, des abus de médique à ment où le pharmakon fait passer du soulagement à la régression, ramenant à une forme d’objet primaire sensé répondre à tous les besoins, toutes les exigences mais qui maintient dans l’aliénation. Ainsi, dans notre société paradoxale qui veut éradiquer tout mal et protéger idéalement, le soi-disant progrès s’accompagne d’un cortège effrayant de nouvelles violences et conduites addictives dont la pharmaco-dépendance. Et la personne perd, là où père sonne perd et plus de repères. Lorsque la souffrance n’est plus mentalisée, conscientisée, elle se tient plus tenace et insensée en-deçà et au-delà des mots, plus proche des affects, des images, du corps et des actes que des sophistications langagières qui la rationalisent. Alors, et ça ne va pas sans dire, la reconnaissance de l’importance du charnel et de la sensibilité ne doit pas amener à une psychiatrie sans histoires et sans parole, athéorique.
Discipline en crise qui entre en résonance avec les mutations de la société, la psychiatrie ne doit pas perdre de vue la question des valeurs et de la structure que nos normes impose à l’humain, parlêtre qui se construit dans et par le langage. Cette complexité de fait devrait transformer les pensées théorico-pratiques actuelles, trop souvent partagées entre naturalisme et intellectualisme, clivage qui s'effectue sur la base du dualisme cartésien qui les sous-tend en profondeur.
La psychiatrie qui trouve sa légitimité dans le diagnostic et le traitement des maladies mentales s’appauvrit et s’égare dans la séparation qui l'éloigne des sciences humaines et de la philosophie. Le rapport de forces entre disciplines favorise maintenant les neurosciences, la biologie moléculaire et la génétique alors même que ces sciences expérimentales réduisent l’humain à un homme neuronal pensé sur le modèle animal que donc je suis. Et je le suis bien sûr mais de loin, tout autrement, tenant l’autre dans ma main et le maltraitant jusqu’à le tuer, alors même que la reconnaissance d’une parenté autorise la recherche. Alors, effectivement, si les souris et les hommes ont en commun des processus physico-chimiques et biologiques qu’il est important de connaître, seul l’humain peut réifier l’autre en objet de savoir mais aussi voir ça autrement, dans l’art. Avec Des souris et des hommes, John Steinbeck met en scène les pulsions sexuelles, l’emprise, le meurtre et le scandale du mal. L’art est avec la science un mode de connaissance essentiel de l’humain, de même que la littérature et la philosophie. La psychanalyse, qui se situe au carrefour interne externe, individu société, affect symbolique, déterminismes liberté, structure histoire et changement, dialogue avec les deux pour mieux se penser et répondre de sa spécificité.
Par l’introduction de la notion de pulsion de mort et avec l’analyse du sadisme et du masochisme, elle rappelle que l’inhumain est aussi très humain. Elle invite à en prendre conscience pour le rendre peut être moins destructeur car qui veut faire l’ange fait la bête et pire encore. Freud avec la psychanalyse a commencé à faire prendre conscience des risques et des ravages que fait courir le rejet par l’être humain de son animalité et de ses zones d’ombre, de sa part maudite proprement ou plutôt salement humaine. Pourtant, malgré son intérêt, la psychanalyse freudienne présente l’inconvénient d'être dans la ligne des sciences de son temps avec des présupposés et des hypothèses aujourd'hui dépassés. Son biologisme et son naturalisme sont aussi discutables.
Avec la problématique de la trace, Derrida nous invite à déconstruire le carnologophallocentrisme qui commande la psychanalyse. Percevant et analysant sa dette à l’égard de la métaphysique, reconnaissant qu’elle est impensable hors de cette tradition philosophique, il démontre que ce qui la rend possible la limite du même coup. L’animal est introduit comme un cheval de Troie pour ébranler les barrières métaphysiques qui l’enferme dans une anthropologie critique, lui permettant du même coup de s’ouvrir à une conception renouvelée de l’humain, plus existentielle qu’essentialiste.
Il nous faut donc reconnaître les limites d’une pensée de l’humain et des textes théoriques d’où sont exclus les « animots » réduits au silence et à l’oubli, en même temps que l’animalité qui nous constitue à notre corps défendant, défendu, discipliné dans une socialité qui dit la norme et donne forme. La complexité bio-psycho-sociale et spirituelle de l’humain conduit à entendre autrement les « mal à dit » et dérives symboliques. L’avenir de l’homme se jouera davantage sur une meilleure compréhension de ce qu’être humain signifie au fond, afin de mieux éclairer et décider des pratiques réellement thérapeutiques. Et pour penser l’humain, il faut ramener dans le langage ce qui a été perdu de vue, condamné au silence, retisser les liens qui nous rattachent à la vie et au sensible et donc proposer aussi de le traiter concrètement sans doute différemment. La thérapie assistée par l’animal pourrait y trouver enfin une légitimité au-delà de ses succès pratiques, sans méconnaître ses limites et la nécessité des approches complémentaires humanisantes.
La mise en question de l’approche psychanalytique ramène la personne sur la scène, personne qui n’appartient pas au vocabulaire de la psychanalyse traditionnelle qui rencontre toujours quelqu’un, si ce n’est le Moi, c’est le sujet mais toujours avec sa part d’inconscience.
La psychanalyse freudienne des pulsions avec sa deuxième topique introduit le concept de moi qui écarte le je et la question du sujet, dans une volonté de se rattacher davantage aux sciences qu’à la réflexion philosophique. La psychanalyse française dans le sillage de Jacques Lacan et d’André Green pense que cette notion de sujet est incontournable mais avec la subversion qu’elle apporte, celle d’un sujet divisé et pas toujours aussi rationnel que l’envisage l’idéal humaniste. Pourtant ce sujet, même divisé reste ancré dans la tradition de l’humanisme métaphysique anthropocentrique et donc objet de soupçon, à interroger et déconstruire dans le sillage de Derrida.
Le Moi, le sujet se sont engagés dans la voie d’un individualisme que la notion de personne écarte dans son insistance sur l’appartenance au groupe, à la communauté. Si les concepts de sujet et de personne se rejoignent, ils se sont pourtant construits l’un en réaction contre l’autre, la notion de personne ouvrant sur la question de la liberté humaine et des valeurs.
Ambigü, en tout ou rien, dans un retour à la conscience et à la raison, le mot personne évoque l’idée d’une présence ou d’une absence humaine, dans la perspective d’une pensée qui s’ancre dans la tradition judéo-chrétienne. Sur la scène où se joue le destin de l’humain pour qui l’humanité reste une tâche, le concept de personne a surtout pris son développement dans les champs psychiatriques et juridiques.
La psychanalyse existentielle entend faire dialoguer psychanalyse et philosophie existentielle dans une pensée en mouvement qui reconnaît la nécessité de se mettre à l’écoute du monde et des défis du temps.
Les enjeux qu’impliquent la question de l’importance des traces non langagières imprimées dans une chair où s’écrit le passé, celle de la contenance de la force pulsionnelle et des affects, des reprises langagières du vécu, de l’inscription symbolique du sujet sont essentiels au même titre que la prise en compte des différents liens humains et non humains vitaux pour notre humanité et son devenir. C’est toute la question de la définition de l’homme et de sa place dans le monde qui se trouve ainsi posée quand l’un des traits essentiels de notre civilisation post moderne consiste à ramener dans le droit les animaux qui s’en trouvait exclu au risque de la cruauté.
L’humanisme moderne anthropocentrique a conduit à l’instrumentalisation du vivant considéré comme simple ressource disponible, seulement là pour satisfaire des besoins et désirs insatiables et irrationnels. L’individualisme hédoniste en est une conséquence avec ses dérives égoïstes. La notion de personne est apparue en réaction contre les tendances déshumanisantes et aliénantes du monde moderne. Si l’individu correspond d’une certaine manière à une fermeture sur soi et sur ses déterminismes, la personne porte l’idée d’ouverture comme liberté et possibilité de rencontre avec son époque et avec l’autre, dans un esprit d’empathie et de partage.
Aujourd’hui, l’humain sait les risques qu’entraînent ses modes de vie dispendieux mais il n’y croit pas. L’écart entre son désir de toujours plus et la réalité matérielle qu’il voudrait maîtriser mais qui lui échappe favorise des défenses à type de déni et de clivage qui entraînent finalement toujours plus profondément dans la crise.
Comme l’a signifié Didier Anzieu : « le problème n’est pas de répéter ce qu’a trouvé Freud face à la crise de l’ère victorienne, il est de trouver une réponse psychanalytique au malaise de l’homme moderne dans notre civilisation présente. »
Avec la crise climatique et l’érosion de la biodiversité causés par les activités humaines, une formidable révolution de la pensée est nécessaire. Il s'agit de repenser l'homme et sa place dans le vivant en bousculant les valeurs de la modernité et en modifiant nos manières de vivre et de créer du lien.
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